—Mademoiselle...

A cette voix inconnue, elle tressaillit, elle se retourna.

En entrant dans le bureau du journaliste, elle avait à peine remarqué l’étranger qui lui apparaissait maintenant en pleine lumière. C’était un homme d’environ trente ans, blond, grand, robuste, auquel une longue moustache et des cheveux coupés en brosse donnaient presque un air militaire.

—Excusez-moi, mademoiselle, cette présentation un peu brusque, dit-il avec ce ton de respect aimable qui est le secret de certains hommes... Mais, nous sommes... confrères, et vous connaissez peut-être mon nom... Marius Arnel... le poète...

—Oh! monsieur...

Ce fut tout ce qu’elle put dire, troublée qu’elle était par ce nom magique, par cette voix harmonieuse, enveloppante...

Et cependant, où était le rêveur pâle, aux inévitables cheveux longs, qu’elle s’était si souvent figuré?

—J’écris dans l’Écho parisien, le directeur est de mes amis et... je serais heureux de vous rendre service, mademoiselle; voulez-vous me confier votre manuscrit?

Il souriait avec grâce; Andrée ne perdait pas un mot, une syllabe de son organe au timbre d’or.

Soudain, leurs regards se rencontrèrent; elle crut que son cœur s’arrêtait de battre. Éperdue, brisée sous l’émotion d’une ivresse âpre comme l’angoisse, elle ferma les yeux...