Mais Andrée était très jeune, très ignorante; peut-être même ne définissait-elle pas le plaisir subtil qu’elle trouvait à lire les Poésies tendres.

Les vers élégants, délicats, mélodieux avaient cette grâce un peu molle, ce charme presque sensuel qui ont caractérisé parfois les manifestations les plus séduisantes de la poésie parnassienne.

Bercée par la cadence harmonieuse, elle oubliait tous les soucis, toutes les inquiétudes... Vaguement, il lui semblait qu’une main pressait la sienne, qu’une voix douce et mâle murmurait à son oreille les mots caressants qu’elle lisait... Et elle se sentait plus forte pour souffrir, pour travailler, tant il est vrai qu’un rêve aimé est encore ce qui aide le mieux à supporter la vie.

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La jeune institutrice était parvenue à faire publier dans un journal de modes quelques unes de ses nouvelles; mais son ambition c’était de paraître dans un grand journal, dans une revue connue. L’Écho parisien! la Vie moderne! la Revue contemporaine!... Là, que de déceptions pour la pauvre fille!

Cependant, elle ne se décourageait pas.

Deux fois éconduite à la Vie moderne, elle voulut risquer une troisième tentative.

Le secrétaire de la rédaction, un grand maigre à l’air important, prit le manuscrit qu’elle lui tendait, et jeta sur la première page un bref coup d’œil.

—Mon Dieu, mademoiselle, il est fâcheux que vous vous soyez dérangée... Nous avons en lecture une telle abondance de manuscrits que...

Le congé était en règle. Les larmes jaillirent des yeux de la jeune fille, elle balbutia un adieu, et, n’y voyant plus, se traîna vers la porte.