—J’ai si mal, ma tête est si chaude, grand’mère.
A ces mots, un tout petit sourire éclaira les lèvres de la mère-grand, sourire si tôt né, si tôt disparu, qu’en le saisissant au passage, Bernard pensa soudain à ces étoiles filantes qu’on voit d’un seul regard scintiller, puis s’évanouir dans l’azur des soirs d’été.
—Pauvre enfant! murmura maternellement et sans raillerie l’organe musical de l’aïeule, tandis qu’une main veloutée se posait sur le front brûlant de Nohel.
—Merci... balbutia-t-il, délicieusement soulagé.
Et, sous ce contact caressant, ses paupières s’abaissaient comme magnétisées. Une impression de bien-être l’envahissait, délassant son corps brisé par l’insomnie; un sentiment d’ineffable quiétude se fondait dans son cœur.
Que pouvait-il redouter encore, protégé par cette main compatissante? L’ouvrier avait cessé son horrible travail, l’image terrifiante, les ombres avaient fui. Bernard se sentait fort, Bernard se sentait sage!... Mais il avait peur qu’elle ne le quittât, la chère consolatrice. A l’idée que, peut-être, elle remonterait, immobile et muette, dans le cadre, il éprouvait une de ces angoisses exagérées que les moindres préoccupations causent aux malades.
—Ne partez pas... ne partez pas... implora-t-il, se décidant à parler.
—Je resterai si vous dormez, répondit le fantôme, avec son autorité de mère.
—Je vais dormir, soupira Bernard tranquillisé.
Et, presque aussitôt, ses yeux se fermèrent. Une respiration plus régulière souleva sa poitrine...