—Il vous a donc raconté de bien étranges choses, quand il avait le délire et qu’il prenait cette voix d’outre-tombe qui m’a toujours fait fuir à l’autre bout de la maison?

—Non, non... c’est une simple supposition de ma part...

Le jeune homme écoutait cette conversation qui avait lieu à voix basse et ne le renseignait qu’imparfaitement.

Le monsieur à lunettes, c’était le docteur, rien de plus aisé à comprendre; mais qui était la vieille demoiselle? Où Bernard avait-il déjà vu, moins ridé, ce visage aux traits mignards, moins blancs ces bandeaux ondulés couvrant une oreille menue? Où avait-il entendu, plus claire, cette voix blanche, aimable dans sa monotone douceur?

Son cerveau, lucide maintenant, ne parvenait pas cependant à résoudre le problème. Il murmura, un peu énervé par une tension d’esprit trop fatigante pour lui:

—Qui est là, où suis-je?

Vive comme la poudre, la demoiselle au bonnet de dentelles se précipita vers le lit, mais le docteur l’arrêta d’un geste calme, en passant devant elle.

—Où suis-je? redisait Bernard avec une insistance fiévreuse.

—Ne vous agitez pas, mon cher monsieur, lui fut-il répondu très amicalement. Vous êtes au château de Nohel, chez votre cousine, mademoiselle Armelle de Kérigan.

—Mademoiselle de Kérigan... Armelle... répéta Nohel d’une voix pensive et comme s’il était frappé d’un souvenir.