—Il y a dix jours, comme je sortais du château où j’avais dîné, continua le docteur, je vous ai trouvé dans le jardin, terrassé par une syncope... mademoiselle Armelle, aussitôt avertie, s’est empressée d’ouvrir sa maison au cher malade qui lui tombait ainsi du ciel et que Jean-Marc, le vieux jardinier, avait déjà reconnu...

—Jean-Marc?... mais je rêve, je rêve...

—... Puis vous avez été très souffrant, nous avons tous plus ou moins tremblé pour vous... et grâce à Dieu vous voilà convalescent.

—Grâce à Dieu et aussi un peu à vous, docteur, répondit languissamment Bernard.

Puis soudain il tourna la tête vers mademoiselle de Kérigan qui ne le quittait pas des yeux et son visage s’illumina.

—Tante Armelle, balbutia-t-il, tante Armelle, est-ce bien vous?

—Oui, c’est bien moi, répéta tante Armelle, c’est bien moi, Bernard; vous vous souvenez de votre cousine? Quelle gentille mémoire vous avez!

Il reprit:

—Vous avez été une des bonnes fées de mon enfance... Ah! si j’avais pu me douter!... j’ai pénétré dans l’enceinte du château comme un malfaiteur, figurez-vous! Une soif m’avait pris de revoir mon vieux Nohel... Ah! si j’avais su, si j’avais su...

La physionomie de mademoiselle de Kérigan rayonnait.