Non vraiment, elle n’avait rien d’étrange pour un homme lucide, cette robe de mousseline rose garnie de rubans; c’était une robe d’été très gentille, rien de plus!
—Si vous vouliez me dire... m’expliquer? demanda-t-il.
Mademoiselle de Thiaz se mit à rire d’un rire gai.
—Vous expliquer ma robe de grand’mère qui vous préoccupe encore! bien volontiers... Ma tante Armelle a toujours trouvé que mes traits rappellent un peu ceux de Jeanne de Nohel, notre aïeule, et, la mode aidant cette année, elle s’est donné le plaisir de rendre la ressemblance plus frappante, en copiant pour moi le costume du portrait. Voilà tout le prodige, et c’est très innocemment que j’ai joué un rôle parmi les visions que vous suscitait la fièvre. Mon tort est de ne pas avoir pensé aujourd’hui que votre convalescence est bien récente et qu’ainsi vêtue je pouvais encore vous causer de l’effroi.
—De l’effroi, mademoiselle! répondit Bernard. Mais figurez-vous que votre première apparition a été le salut pour moi. Il m’a semblé que, bien réellement, la petite grand’mère du portrait descendait du cadre pour me guérir et me consoler... et je l’aimais tant, quand j’étais enfant, ce portrait!... C’est qu’il était un peu ma conscience...
—Votre conscience? répéta Janik étonnée.
—Une invention de ma nourrice, qui tirait parti de mon imagination très vive...
Et le jeune homme raconta le rôle important qu’avaient joué, dans son éducation première, les lèvres doucement sévères et les yeux rieurs de la petite mère-grand.
—Croyez-moi, mademoiselle, ajouta-t-il moitié sérieux, moitié railleur, ne la regrettez pas votre jolie robe rose, vous qui venez de visiter les pauvres et qui aimez à faire la charité... ne la regrettez pas, elle a rendu un homme à là vie. Est-ce une bonne œuvre qu’elle a accomplie là? je ne sais... mais peut-être, après tout était-ce Jeanne de Nohel elle-même qui vous envoyait vers moi...
Janik s’était assise en face de Bernard; elle écoutait, les mains croisées sur ses genoux.