Le ciel pur et comme lavé de soleil avait des douceurs opalines... Par la fenêtre ouverte, la brise apportait des parfums de fleurs, mêlés d’effluves salins... On entendait, très bas, le bruit de la mer; et c’était comme un accompagnement en sourdine, au pépiage des oiseaux dans les arbres.
Calme et silencieux, jetant un regard presque heureux sur ce cercle familial dont lui, l’inconnu d’hier, il était devenu le centre, Bernard goûtait le plaisir intraduisible des convalescents, cette impression de bien-être qui les envahit peu à peu et augmente insensiblement en eux comme si la vie pénétrait, distillée goutte à goutte, dans leurs veines; cette langueur délicieuse qui les enveloppe, cet émerveillement qui les ravit devant la lumière, cette joie gourmande qu’ils trouvent à respirer l’air qui les grise!... Plaisir purement sensuel—du moins Bernard le pensait ainsi, puisqu’il savait qu’au moment même où son être physique jouissait de recouvrer la vie, son être moral aspirait encore au néant,—plaisir instinctif, mais très subtil, très étrange, séduisant comme un paradoxe, pour ce dégoûté de l’existence!
Avant de se mettre à coudre, Janik s’approchait du jeune homme, plaçait un coussin sous sa tête et repoussait légèrement le battant de la fenêtre, qui pouvait gêner ses mouvements.
Il la regardait s’acquitter de ces soins, la remerciant des yeux.
—Êtes-vous bien ainsi?
—Très bien... ah! si bien! soupirait-il les yeux demi-clos.
Et il pensait:
«A demain la désespérance! Puisque la terre nous réservait encore quelque chose de doux, de nouveau, d’inconnu, savourons cette dernière coupe: la mort après!»
V
La mort après!... En attendant, les heures lui semblaient charmantes, dans le vieux salon jonquille dont chaque meuble, chaque bibelot d’étagère, lui devenaient familiers.