—Voici l’eau de Jouvence, Bernard: voulez-vous en éprouver la vertu? demanda mademoiselle de Thiaz.
Pour toute réponse, Nohel s’agenouilla sur la mousse, et sa main plongea dans l’eau limpide dont il rafraîchit son front et ses yeux.
Pendant un instant, la fontaine, troublée, ne refléta plus que vaguement la teinte foncée du feuillage et le bleu clair du ciel. De petites rides, nombreuses et serrées, brouillaient les contours et trompaient les yeux... Puis, tout se calma, et, dans le miroir redevenu clair, le jeune homme aperçut son image.
Une barbe châtaine, très soyeuse, encadrait son visage, qui avait pris, en s’émaciant, je ne sais quelle grâce attendrie. Ses traits étaient reposés, sa bouche avait perdu le pli amer des désenchantés; dans ses yeux agrandis, une lueur brillait... quelque chose comme un reflet de la chaude lumière qui avait ranimé son cœur.
Le Bernard de la «fontaine» ne ressemblait guère à celui que Jacques Chépart avait vu à Paris. Cependant, Nohel tressaillit, poigné par un souvenir.
Alors la tête blonde de la petite mère-grand, qui se penchait au-dessus de lui, vint se dessiner à côté de la sienne, dans la fontaine apaisée.
—Le charme opère-t-il? dit-elle.
Bernard se leva vivement et saisit les deux mains de la jeune fille.
—Le charme, c’est vous! s’écria-t-il.
Elle avait rougi. Sans brusquerie, mais fermement, elle dégagea ses mains de celles qui les étreignaient.