—Comme vous voilà bien, Bernard! Toujours un peu fou, dans vos meilleurs moments, fit-elle. Le charme dont vous parlez, ce sont les contes bleus de vos premières années, que vous avez retrouvés ici et qui vous ont rafraîchi l’esprit, comme de belles brises printanières! C’est l’atmosphère d’affection dans laquelle vous vivez à Nohel... C’est peut-être aussi le portrait de la tourelle qui vous fait de la morale quand vous n’êtes pas sage...
—Oui... mais qui me sourit quand je le suis... Janik, vous avez la bouche des jours où le petit Bernard était méchant... Pourquoi?
Soudain, elle pâlit un peu.
—Vous vous trompez, dit-elle.
—Est-ce parce que je vous ai dit que vous m’avez fait du bien?
—Non, Bernard.
—Vous m’avez prêché de si gentils sermons, Janik, que maintenant, je me prends à concevoir la vie, fière, laborieuse, utile, que vous rêvez. Vous m’avez parlé de bonheur, et, depuis, mon cœur a des élans de joie qu’il ne connaissait plus... Enfin, vous avez un peu essayé de me convertir, ma petite providence et... tenez, dimanche, à l’église, quand vous étiez à genoux, le front courbé, les mains jointes, il m’a semblé que je priais... Ne méprisez pas votre œuvre!
Il parlait avec des inflexions infiniment douces, dans sa voix un peu basse. Ses yeux d’acier, qui pouvaient être tour à tour si durs et si tendres, enveloppaient la jeune fille d’un regard suppliant, dont la grâce câline se mouillait comme d’une larme, prête à couler; c’était presque un regard d’enfant et pourtant le regard d’un maître!
Mademoiselle de Thiaz détourna la tête.
—Si, vraiment, je vous ai fait du bien, Dieu est bon, dit-elle.