—Je suis sûr que vous êtes le bon ange de tous les mioches de la côte... ils doivent vous adorer! reprit Bernard.

—Ils m’aiment bien, oui!... Pauvres petits!

—Est-ce que vous les grondez, quelquefois, eux aussi?

Le flot avançait toujours; la mer se couvrait de voiles blanches qu’escortaient, haut dans le ciel pâle, de grands vols de mouettes et de goélands. Un vent perfide commençait à souffler et gémissait dans les excavations de la côte. Déjà les vagues mouraient aux pieds mêmes de Janik, qui les regardait accourir promptes et rageuses, bouillonner en nappes d’écume et se replier majestueusement. Elle aimait ce spectacle jamais lassant, du flux et du reflux; elle aimait la voix rude qui la berçait depuis des années.

Et, tandis que Janik contemplait l’étendue glauque, Bernard contemplait Janik. Il admirait son fin profil, sa taille frêle et un peu longue, ses mains croisées sur ses genoux dans une pose familière, ses petits pieds qui se cambraient hors de sa robe, comme pour défier le flot.

Mais, tout à coup, un appel déchirant domina le bruit de la mer et Nohel se leva, brusquement arraché à sa rêverie.

La fillette aux pieds nus ne jouait plus autour de la forteresse submergée; debout sur la plage, la femme du pêcheur se tordait les mains.

Elle vit le mouvement de Bernard, elle s’élança vers lui.

—Ma petite, ma petite!... dit-elle.

Et elle pleurait, ne pouvant achever.