Bernard tressaillit.

—Est-ce qu’elle avait l’air malade?

—Pas malade, non... mais les jeunes filles c’est si délicat, si fragile, est-ce qu’on sait jamais?... ah! elle est mignonne celle-là!

Nohel était resté pensif, il s’éloigna sans répondre, se redisant machinalement une phrase du jardinier: «Il faut quelquefois si peu de chose et si peu de temps pour que le bonheur s’en aille...»

Jean-Marc le suivit un instant du regard.

—Pour sûr que ce serait un gentil mari pour mademoiselle Janik, fit-il entre ses dents; seulement, voilà, je crois bien que la patronne a dans l’idée monsieur Pierre...

Mademoiselle de Thiaz faisait des bouquets dans le salon jonquille.

Légèrement penchée, elle mêlait, sur les bords d’un vase plein d’eau, des fleurs de genêt et des branches d’acacia rose. Au bruit de la porte, elle se retourna; alors Nohel faillit jeter un cri.

Non, ce n’était plus Janik, ce n’était plus la rieuse petite mère-grand! Des yeux cerclés de bistre, des yeux qui avaient pleuré et qui n’avaient pas dormi, donnaient maintenant à ce jeune visage une expression navrée... La bouche, contractée, tremblait un peu.

—Qu’y a-t-il? dites-moi vite... vous avez pleuré?