Bernard avait pris les deux mains de Janik, elle se dégagea doucement.
—Ce n’est rien, ce n’est rien, dit-elle.
—Rien! mais je vois que vous avez pleuré, mais je sens que vous avez du chagrin...
—Du chagrin, oh! ne croyez pas cela, Bernard... J’ai reçu, hier soir, une lettre qui m’a un peu émue et j’ai passé une mauvaise nuit; voilà tout...
Il l’interrogeait encore des yeux. Gênée par ce regard incrédule, elle quitta la table, où les fleurs coupées gisaient, entre-croisant leurs tiges, et elle s’approcha de la fenêtre. Elle s’assit, la tête baissée, puis, après un instant, elle dit très bas, et péniblement, comme si les mots s’arrêtaient dans sa gorge:
—Il y a quelque chose que vous ne savez pas, Bernard... Déjà, j’aurais dû vous le dire, puisque vous êtes de la famille. Depuis quatre ans, je suis fiancée au neveu du docteur Le Jariel.
Nohel crut que le sol croulait sous lui.
—Vous êtes fiancée, vous!
Il sentait qu’il devenait blême et que ses traits se tiraient comme ceux d’un mourant. Mais, dans la douleur qui le poignait, il y avait aussi de la colère, une colère sourde, implacable.
Janik fiancée! Et rien dans ses paroles ou son attitude ne l’avait laissé pressentir à Bernard. Janik fiancée! Et il l’avait aimée, sans soupçon, sans remords... Ah! Dieu! l’avait-il aimée!... Il le comprenait à cette heure... Et voilà que de tous les rêves du matin, il ne restait plus qu’une inguérissable amertume. Le vieux Jean-Marc avait raison: il faut bien peu de temps pour que le bonheur s’en aille!...