Cette ingénue, c’était donc une coquette? C’était donc une femme comme les autres femmes, cette créature idéale dont les yeux semblaient n’avoir jamais menti?

Affolé par son désespoir, Nohel oubliait le caractère fraternel de l’affection que lui avait toujours témoignée Janik. Avait-il jamais lui-même prononcé une parole qui pût autoriser la jeune fille à se croire aimée d’amour?

Janik, coquette, parce qu’elle avait entouré de soins un convalescent dont elle avait eu pitié, parce qu’elle avait essayé de redresser un esprit faussé, de consoler un cœur chagrin; parce qu’elle avait parlé du devoir humain et de la volonté divine, à celui qui n’y croyait plus? Une coquette bien étrange, alors, et presque invraisemblable, à force de perfidie.

Mais Bernard ne raisonnait pas; il souffrait; après avoir entrevu le ciel il venait d’être rejeté violemment sur la terre; après avoir rêvé le bonheur, le bonheur à deux, il se retrouvait seul dans la vie, ayant au cœur une blessure que la main aimée ne panserait pas. Il ne raisonnait pas et il éprouvait, dans sa grande douleur, un désir méchant et bien humain de torturer celle qui le torturait ainsi. Par un suprême effort de volonté, il contint son chagrin; sa voix, prête aux sanglots, s’acéra, mordante.

—Vous êtes fiancée? répéta-t-il. Toutes mes félicitations, ma cousine; voilà une grande nouvelle dont je ne me doutais guère! Comment l’homme que vous aimez peut-il vivre loin de vous?

Janik parut surprise de ce ton railleur, mais elle répondit avec une douceur calme:

—Pierre Le Jariel est marin... Il y a trois ans qu’il est absent pour son service. Hier j’ai reçu une lettre datée du Caire; dans quelques jours il sera ici...

—Mon Dieu! quel bonheur pour vous, ma chère enfant!... Les séparations sont si dures, quand on s’aime!

La voix de Nohel était âpre, ses paroles sonnaient mal. Janik se tut, mais ses yeux se levèrent pleins de reproches. Alors le jeune homme reprit, plus gravement et très bas:

—Pourquoi ne m’aviez-vous rien dit?