—Je ne sais pas... murmura-t-elle. Ah! ne croyez pas que j’aie manqué de confiance en vous...
—Il y a... il y a longtemps que vous êtes fiancée?
—Presque quatre ans... nous nous sommes connus tout jeunes, lui et moi... Nous nous voyions souvent... Ses parents habitaient Vannes où ma tante avait conservé des relations: puis le docteur s’était installé à Plourné, et Pierre passait les vacances chez son oncle... Nous nous aimions bien, comme des amis, comme des frères; nous causions, nous nous promenions ensemble; tante Armelle et monsieur Le Jariel se souriaient en nous voyant et nous appelaient Paul et Virginie... Un jour—j’avais seize ans—on m’a demandé si je consentirais à être la femme de Pierre, et j’ai dit oui... Il me semblait jouer encore au petit mari et à la petite femme. Le docteur, lui, hochait la tête, il trouvait que c’était une folie de lier ainsi deux enfants... Il avait raison peut-être! Mais, à cette époque, je pensais qu’il se trompait et que nous serions très heureux, Pierre et moi.
Les doigts de Bernard se crispèrent sur la paume de sa main.
—Vous l’aimiez, vous l’aimiez?
Mademoiselle de Thiaz eut un sourire triste.
—A vrai dire, je n’en sais rien... J’aimais en lui toute sa famille, si bonne, si heureuse, j’aimais les traditions de loyauté, de travail, de sainteté patriarcale, dans lesquelles il avait été élevé. Je me disais que ce serait beau d’être la joie de cette chère maison où la bienvenue me riait partout... puis monsieur et madame Le Jariel sont morts à un mois d’intervalle, leur fille est entrée en religion, et Pierre est parti...
—Il a pu vous quitter! Son amour n’était donc pas digne de vous?
—Il m’a quittée pour faire son devoir, ce qui était digne de lui, et digne aussi de moi, Bernard!... Il m’a quittée, ayant foi en ma parole, comme j’ai confiance en la sienne. C’est le plus brave, le plus honnête, le meilleur des hommes...
—Mais vous ne l’aimez pas, mais vous avez compris que cette affection de jadis n’était qu’une affection fraternelle, et, pour que vous ayez compris cela, il faut...