—Et après? repartit-il... Est-ce que c’est la même chose? Est-ce que j’ai laissé mon cœur là-bas?

XI

Pierre Le Jariel avait la tête en feu. Il était blessé dans son amour-propre d’abord, et un peu aussi dans son cœur.

Il lui semblait que quelque chose s’était brisé dans sa vie—oh! non pas peut-être un lien essentiel, mais une habitude très douce. Était-il possible qu’un autre lui prît cette Janik charmante qui, de tout temps, lui avait été promise, cette petite femme de son enfance, dont il avait prononcé le nom comme un nom de sainte, aux jours de tempête?

Oui, il l’aimait d’une affection toute paisible... parfois elle lui paraissait trop frêle, trop pâle, trop blonde; elle ne réalisait pas pour lui le type de la beauté féminine, elle l’impatientait aussi avec ses idées qu’il comprenait mal... Mais enfin, elle était sa fiancée, elle lui avait juré d’être un jour sa femme, l’abandonnerait-il à ce romancier, renoncerait-il à tous les projets d’avenir qu’il avait édifiés?

Non, cent fois non!

Il se montrait irrité, troublé et, disons-le, dérangé dans sa quiétude coutumière. Le soir, après dîner, sous le prétexte de chercher des nouvelles de mademoiselle de Thiaz, il se rendit au château. Il ne savait pas exactement ce qu’il allait dire ou faire, mais il aurait donné dix ans de sa vie pour s’expliquer clairement avec Janik, et l’accabler de son ressentiment.

La nuit était très belle. Il trouva la jeune fille dans le jardin avec mademoiselle de Kérigan et sa lectrice. Elle était moins pâle que dans la journée, cependant on voyait que son esprit s’était envolé bien loin de la conversation que soutenaient les deux vieilles filles.

Le neveu du docteur s’y mêla un instant, mais, bientôt, il se rapprocha de Janik, assise un peu à l’écart, et lui demanda si son mal de tête avait entièrement disparu.

—A peu près, dit-elle avec un sourire absent.