—Alors, voudriez-vous faire un tour de jardin avec moi?
La voix de Pierre était froide; mademoiselle de Thiaz le regarda avec surprise, mais elle se leva docilement et posa sa main sur le bras qu’il lui offrait.
Ils s’enfoncèrent dans les allées, marchant sans parler, absorbés tous deux, et Pierre dit, doucement, cette fois:
—Je ne puis jamais vous voir sans témoin, Janik, nous ne causons que de banalités, je ne vous connais pas, vous ne me connaissez guère... Ce soir, il me fallait absolument vous ouvrir mon cœur... Vous m’inquiétez.
—Encore cette idée!
—Ce n’est pas seulement une idée qui me préoccupe, Janik, c’est votre visage livide, c’est le dépérissement dans lequel vous êtes tombée et qui n’est pas naturel... c’est... je ne sais quoi de vous qui m’échappe sans cesse... Je sens un mur de glace entre nous, et je ne peux plus supporter cet état de choses... Vous n’êtes plus la même, vous êtes malheureuse, je le sais... et je viens vous demander ce qui vous attriste ainsi... Je veux le savoir, j’en ai le droit.
Son ton, amical d’abord, s’était transformé peu à peu, devenant très rude. Suffoquée par cette colère subite, Janik quitta son bras.
—Mon Dieu, qu’avez-vous, Pierre? balbutia-t-elle. Est-ce que je me suis plainte, est-ce que je vous ai fâché?
—C’est moi qui me plains...
Prise soudain du tremblement nerveux qui, depuis quelque temps, la secouait toute à la moindre émotion, mademoiselle de Thiaz se laissa tomber sur un banc, dans le rond-point où, d’un commun accord, ils s’étaient arrêtés.