—Je vous assure que vous avez tort, Pierre, que mon affection pour vous n’a pas changé... que je ne suis pas malade... que je ne souffre pas...
En disant cela, elle pensait: «Peut-être qu’à force de souffrir, je mourrai... alors tout sera bien.»
Et Pierre en eut comme l’intuition.
L’instant d’avant, il avait été sur le point de s’écrier: «Vous m’avez trompé, vous aimez Bernard de Nohel!...» Et l’idée de ce coup de théâtre l’avait exalté d’une joie méchante.
Maintenant, il avait honte de sa cruauté.
Dans une de ces visions rapides dont les cerveaux les mieux équilibrés ne sont pas maîtres, il crut assister une seconde fois à une scène lointaine. Il revécut l’heure où sa mère était morte. Comme il était blême ce pauvre visage agonisant! Comme déjà, elle semblait venir d’un autre monde, cette voix à peine perceptible!... Debout près du lit, Janik se tenait silencieuse avec des yeux tristes, un peu effrayés du grand mystère; alors, sur un signe de la mourante, Pierre avait pris la main de sa fiancée et la voix faible, la voix d’au-delà, avait murmuré: «Je te confie son bonheur; tu en es responsable, songes-y bien!...»
—Oui, mère, je te le jure...
A cette époque-là, le bonheur de Janik, c’était une idée si simple, une idée que Pierre séparait si peu de celle de son bonheur à lui! Mais tout s’était bouleversé... Et il avait juré que Janik serait heureuse.
Mademoiselle de Thiaz se taisait, le regard morne. Enfin elle dit:
—Si nous rentrions, Pierre...