Et elle ne sut jamais que cette minute où, faible et brisée, elle s’était appuyée sur Pierre, cherchant en lui un soutien, un espoir, avait été la seule où le pauvre garçon l’eût aimée d’amour...
—Eh bien! mon oncle, nous le lui donnerons son Nohel.
Le docteur avait pris à deux mains la tête de son neveu et l’avait vigoureusement embrassée.
—Tiens, tu es un brave enfant, toi!
Et ils avaient causé, plus calmes. Le cœur de Pierre saignait bien un peu; la douleur de Janik lui avait révélé ce que son amour pouvait être, mais il était content de lui-même, presque fier.
—Oui, nous le lui donnerons son Nohel, dit-il encore, et j’irai le chercher... afin qu’il sache bien, lui aussi, que c’est moi qui veux leur bonheur et que... que, par le cœur du moins, j’étais digne d’elle.
Pierre se tut un instant, puis il émit cette idée qui lui venait: Bernard pouvait avoir oublié Janik, ne l’aimer plus?
M. Le Jariel hocha la tête.
—Si c’est un dernier espoir qui t’inspire cette hypothèse, mon petit, ne t’en berce pas... J’ai reçu tout à l’heure une lettre de monsieur de Nohel... Il n’y prononce pas le nom de Janik, mais ce sont bien les pages les plus désespérées que Jacques Chépart ait jamais écrites.
—Allons, tant mieux! soupira Pierre... Hier, quand nous nous sommes séparés, elle m’a dit: «Peut-être qu’il m’oublie, lui, pendant que vous pensez tant à moi, mon pauvre Pierre!...» Elle ne m’avait jamais parlé si gentiment. C’est étonnant comme la meilleure des femmes a encore des mots cruels, mon oncle!