Elle jeta un cri étouffé; tout son corps eut un mouvement éperdu; brusquement, elle cacha son visage dans ses mains.
—Ma pauvre enfant, murmura Pierre en retenant contre son épaule cette tête qui vacillait, il faut bien que je vous parle ainsi... Écoutez-moi... quand j’ai eu la certitude qu’un autre, plus heureux que moi, s’était fait aimer, ma tristesse a été grande et je me suis senti très fâché contre vous, mais maintenant, ma colère est passée, je ne vous en veux plus, plus du tout... Je n’étais pas l’homme qui pouvait vous plaire, il y a longtemps que je le sais.
Janik sanglotait.
—Ma petite, ma petite, fit Pierre avec la même douceur, ne pleurez pas... Cela vaut mieux ainsi, je le sens si bien, moi!... Je ne vous aurais pas rendue heureuse, je n’aurais pas été heureux... Oui, cela vaut mieux, bien mieux... C’était un peu difficile à dire... c’est dit maintenant, voilà.
—Oh! Pierre, vous êtes trop bon pour moi... je ne le mérite pas... vous avez dû me mépriser un moment!... Et pourtant, ce n’est pas de ma faute, Pierre... Si vous pouviez comprendre... je ne savais pas que... qu’il m’aimait. Je ne voulais pas, je ne savais pas l’aimer...
Elle pleurait encore. Pierre essayait de l’apaiser. Il lui dit avec une gaieté affectueuse:
—Ma vraie fiancée à moi, c’est la mer; vous auriez pu être jalouse d’elle... Avez-vous lu Pêcheur d’Islande? Peut-être qu’un jour elle m’aurait pris comme le mari de la pauvre Gaud... Tandis que vous resterez toujours ma petite sœur... elle ne s’en plaindra pas.
Il parlait si simplement que, peu à peu, dans le cœur de Janik descendait l’impression réconfortante que Pierre n’avait pas beaucoup de chagrin, qu’il jugeait très sainement, qu’il avait raison, que pour tous deux «c’était mieux ainsi...»
Elle n’avait plus qu’une pensée, qu’un rêve!
—Lui, Bernard, mon Bernard, m’aime-t-il?