Les deux anciens amis se racontaient alternativement leurs navigations, leurs aventures, leurs combats.

Parawâ se vantait parfois d'avoir mangé quelqu'un de ses ennemis tués à la guerre.

—Léo l'Atoua vous a pourtant interdit cette vilaine coutume, objectait le maître, qui, racontant à sa manière la révolution française, faisait rugir l'aristocratique cannibale.

Taillevent n'avait d'autre but que d'exalter l'audace de son capitaine, qui, malgré sa qualité de gentilhomme, osa fréquenter les ports de France sous le régime de la Terreur.

Parawâ trouvait que la persécution des Rangatiras (des nobles et des chefs) par les Tangata-itis et les Tangata-waris (les bourgeois et les gens du peuple) était le comble de la barbarie; la mort du Rangatira-rahi Louis XVI lui parut monstrueuse.

—Moi, dit-il, quand je tue un chef, mon ennemi, c'est pour le manger, afin que sa vertu s'ajoute à la mienne; mais eux, vos Tangatas, quel avantage ont-ils eu à tuer ce grand chef qui était, je m'en souviens, l'ami de Léo l'Atoua?

Maître Taillevent, se trouvant incapable de faire comprendre la fraternité de la guillotine à un anthropophage pareil, lui raconta les courses de son capitaine dans la Manche, dans le golfe et sur les côtes de Galice.

—Est il donc heureux ce maître Taillevent! pensait le jeune Camuset; il vous parle espagnol, il vous parle sauvage, mieux que je ne parle français et anglais!...

La nuit était descendue sur la baie de Quiron.

Dans leurs cases, qui n'étaient, pour la plupart, que des dépendances du vieux château, les Péruviens se disaient: