—Le Lion de la mer a ramené la fille du Soleil, la terre des Incas a tremblé d'espoir et d'orgueil. Et nous savons, nous, que le grand chef des Condors n'est pas endormi dans l'île de plomb.
XXI
LES DÉBUTS DU LION.
Les vastes desseins auxquels Léon de Roqueforte devait consacrer son existence aventureuse lui furent inspirés par des causes diverses, dont la combinaison décida de sa destinée.
Dès l'enfance, d'abord, son imagination s'enflamma aux vieilles traditions de sa famille, qui, de tout temps, s'était montrée hostile à l'autorité royale. Tour à tour vassaux rebelles, chefs de partisans, ligueurs, frondeurs, conspirateurs, ou au moins boudeurs obstinés, les Roqueforte, dont l'arbre généalogique est hérissé des noms mérovingiens de Clodomir, Chilpéric, Thierry, Childebert, et autres analogues, ne se résignèrent jamais complètement à n'être que de simples comtes lorrains.
L'oncle de Léon servait néanmoins dans la marine du roi. Le désir romanesque d'aller fonder par delà les mers une nouvelle monarchie mérovingienne fut le mobile, aussi puéril que bizarre, qui poussa Léon à s'embarquer, dès l'âge de treize ans, sous les ordres de son oncle.
Moins d'un an après, il s'enflammait pour la cause de l'indépendance américaine, qui passionnait la plupart des jeunes officiers de la marine française.
Au retour d'une brillante campagne de guerre dans les Antilles et à la Nouvelle-Angleterre, le vicomte de Roqueforte, capitaine de vaisseau du plus grand mérite, reçut la mission délicate d'explorer l'Océanie et d'y faire prévaloir l'influence française. On sait comment se termina cette campagne de circumnavigation, dont le roi Louis XVI avait, de sa propre main, tracé l'itinéraire.
La frégate du vicomte de Roqueforte périt après un beau combat en vue des côtes du Pérou.—Léon se trouva dépositaire de tous les documents officiels renfermés, selon l'usage, dans une boîte de plomb.