—Je suis pleine de foi, comme vous! interrompit Isabelle; mes espérances égalent les vôtres! Ce canon qui retentit dans mon cœur me dit: «Victoire! et salut!...» Mais aussi je ne puis oublier que le sort des armes trahit les plus braves!

—Ma fille, reprit le vieillard, étouffe ces craintes; ne te rappelle que le cri des peuples qui aiment ton époux: «Le Lion de la mer ne meurt pas!...»

—Les décrets de Dieu sont impénétrables, répondit Isabelle. José Gabriel périt ignominieusement, et le vainqueur de Sorata en est réduit à vivre caché dans des ruines!

Andrès courba le front en soupirant. Isabelle ajoutait à voix basse:

—Les revers, trop souvent, suivent les succès. Léon lui-même, après avoir eu sous ses ordres une escadre entière, a dû battre les mers avec une frêle pirogue.

—Sans cela, aurait-il jamais revu la France; aurait-il pu continuer son œuvre en temps de paix, comme en temps de guerre?

Andrès faisait allusion à l'un des plus dramatiques épisodes de la carrière du héros de l'Océanie. Pour inspirer à sa fille une confiance qui, par moments, lui manquait à lui-même, il citait tour à tour les principaux événements d'une vie de périls, thème des entretiens héroïques de maître Taillevent et du Néo-Zélandais Parawâ.


XXIII

HISTOIRE DE DIX ANNÉES.