Origines de la légende.

Après leur évasion du Pérou, Léon et Taillevent avaient successivement combattu aux îles Marquises et dans les principaux groupes de l'Océanie, peuplés par la belle race polynésienne, au teint légèrement bronzé, au front haut et intelligent, aux longs cheveux noirs, aux formes correctes.

Guidé par les précieux mémoires du vicomte de Roqueforte, son oncle, qui, fort souvent, l'avait associé au travail de sa relation du voyage, Léon, mûri de bonne heure par l'expérience des grandes aventures, avait un avantage immense sur tout autre Européen placé dans une position semblable à la sienne. Endurci à toutes les fatigues par ses campagnes dans les Andes et les Cordillères, il était habitué à exercer le commandement. Il possédait les éléments des principaux idiomes polynésiens, qui, d'ailleurs, se ressemblent beaucoup entre eux; il n'ignorait pas l'hydrographie des mers qu'il sillonnait, et se trouvait muni, depuis la prise du trois-mâts anglais, des meilleures cartes marines du temps.

Ainsi, tout concourut à le rendre apte aux entreprises dont il se chargea, un peu malgré lui,—devançant et dépassant de la sorte les instructions données par le roi au vicomte son oncle. Toutes les fois qu'il se mêla aux querelles des indigènes: à Taïti, où il se fit confondre avec Bougainville; dans l'archipel de Samoa ou des Navigateurs, aux îles Tonga, et enfin à la Nouvelle-Zélande, il ne se trompa jamais de voie. Partout il se fit des partisans, partout il recruta des matelots parmi les naturels.

Et la légende de Léo l'Atoua naquit comme un fruit de sa sagesse et de sa valeur.

Ce Lion de la mer, qui sortait du milieu des tempêtes pour soulever ou réconcilier les peuplades, semblait doué d'une science supérieure; son énergie, sa bravoure complétaient le prestige.

A la Nouvelle-Zélande surtout, Léon prit à cœur de se créer un point d'appui. Cette grande terre offrait des ressources précieuses. Nulle part en Polynésie, si ce n'est pourtant aux îles Tonga, les naturels ne sont plus avancés dans l'art de la navigation et aussi propres à devenir d'excellents matelots. Nulle part il n'était plus facile de trouver des alliés; il ne s'agissait que de les choisir parmi les ennemis invétérés des Wangaroas qui avaient attaqué Surville et massacré Marion du Fresne.

Parawâ, dès lors, reconnut Léon pour Rangatira-rahi, chef des chefs d'une ligue offensive et défensive, dont le centre fut la baie des Iles.

Déjà pourtant les Anglais avaient plusieurs fois mouillé dans cette vaste baie, explorée notamment par le capitaine Cook; mais Léon, en accordant son concours aux ennemis des Wangaroas, ne manqua pas de leur inspirer la haine ardente des Anglais.

La corvette de la tribu de Touté ne rencontra que des dispositions hostiles parmi les indigènes du littoral. Si elle ne fut point attaquée tout d'abord, c'est que Parawâ et les divers chefs de peuplades, après avoir compté ses canons, jugèrent impossible de la vaincre. Mais à peine eurent-ils aperçu le pavillon de Léo l'Atoua, leur Rangatira-rahi, que dans toutes les criques, sur tous les îlots, sur toutes les rives, le cri de guerre «Pi-hé!» fut poussé comme par un seul homme.