Mais les croiseurs envoyés à sa poursuite, considérant que la corvette était anglaise d'origine, montée par un équipage de Polynésiens et commandée par un aventurier sans commission régulière d'aucun gouvernement, ne daignèrent même point parlementer.
Ses signaux pacifiques ne reçurent d'autre réponse qu'une double bordée. Pris entre deux ennemis, n'ayant pour matelots que des indigènes fort aguerris, à la vérité, mais incapables de l'emporter sur d'excellents marins anglais, le jeune capitaine n'hésita pas à mettre le feu à son bord et à s'accrocher au navire de dessous le vent.
Cette terrible scène navale eut lieu vers la fin de 1785, au mouillage d'Ouléa, dans les Carolines.
—A la mer!... à la mer!... crie Léon.
Tous ses gens s'y précipitent et gagnent la terre à la nage.
Presque au même instant, Taillevent allume les mèches destinées à faire sauter la corvette. Une pirogue des Carolines est amarrée sous la voûte d'arcasse; Léon et Taillevent s'y affalent, et ont à peine le temps de déborder. Une double explosion a lieu coup sur coup; la baie se couvre de débris.
—Parés! dit Taillevent en saisissant une pagaie.
Léon en fait autant; leur frêle canot disparaît bientôt dans des bancs de rochers inabordables pour les embarcations anglaises.
—Eh bien, capitaine, dit Taillevent, nous voici tout juste aussi avancés qu'il y a six ans sur la côte du Pérou.
—Doucement, maître, nous étions à califourchon sur un espar, ne sachant que devenir, et nous sommes aujourd'hui dans une excellente pirogue parfaitement approvisionnée...