Cet amalgame indécent de la religion de Jésus-Christ avec l'exploitation usuraire des indigènes, à qui l'on achète par exemple la concession perpétuelle d'un vaste territoire pour une douzaine de couteaux, rappelle inévitablement l'évangile des marchands du temple.
Le mythe du Lion de la mer qui ne meurt point, ne porta du moins aucune atteinte à la dignité de la foi chrétienne.
A Paris, Léon avait eu soin de faire fabriquer chez un passementier habile un rouleau de petites franges d'or d'un travail presque inimitable.—A l'instar des Incas, il voulait que le moindre fragment de ce tissu métallique fût un témoignage de la véracité de ses messagers, car précédemment, dans des circonstances graves, on avait plusieurs fois menti en son nom. Tout ordre important fut accompagné de l'envoi d'une frange d'or qui, selon le cas, devait être détruite par le feu ou renvoyée à Léo l'Atoua. A défaut de l'usage de l'écriture, ce procédé offrait des garanties précieuses.
Les deux premières années de navigation du Lion, d'archipel en archipel, amenèrent les meilleurs résultats.
Il intervint dans les troubles de Taïti et parvint à les apaiser.
Il ouvrit les voies aux règnes glorieux de Finau Ier sur les îles Tonga, et du grand Taméha-Méha sur celles d'Haouaï.
A la Nouvelle-Zélande, il répandit des germes féconds de civilisation, de tolérance et de progrès.
De toutes parts, il plantait des jalons utiles, posant ainsi les bases d'une vaste confédération de princes insulaires unis sous le protectorat de la France.
Il avait l'art de se servir des instruments les plus dangereux et d'assouplir des natures en apparence indomptables.—Ainsi, la férocité de Parawâ et l'ambition effrénée de Finau Ier cédèrent devant lui.