Un festin patriotique, des cérémonies religieuses et des conférences auxquelles prirent part les principaux chefs de peuplades occupèrent ensuite la journée.
Faut-il dire comment maître Taillevent renouvela connaissance avec une foule d'anciens compagnons d'armes? Faut-il relater les faits et gestes de Camuset, qui, mettant les instants à profit, raccommoda ses souliers, non sans s'instruire des traditions du pays?
—Eh quoi! les ruines qu'il voyait étaient celles d'un temple jadis recouvert en lames d'or!... Nom d'un faubert! ça vous avait tristement changé de mine!... Et, lors de la conquête du pays par les Espagnols, les Incas avaient jeté au fond du lac tous leurs trésors, dont particulièrement une scélérate de chaîne d'or plus grosse que le grand câble de la frégate!... Quel dommage!... Mais, voyons, au lieu de tant creuser la terre, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de repêcher ces richesses?
—Pas moyen, Camuset, le lac Titicaca n'a pas de fond.
—S'il n'a pas de fond, il a un drôle de nom tout de même, pour un lac sacré.
—Tu es bien de ton pays, mon gars, reprit Taillevent. Un nom qui n'est pas français t'étonne et te fait rire. Sais-tu ce que veut dire camuset chez les sauvages de Toyoa, où nous irons peut-être bien un de ces quatre matins?
—Eh bien, maître, qu'est-ce que ça y veut dire?
—Cornichon, potiron, ratapiat, gringalet, bavard et ver de cambuse.
—Merci!... Ils sont polis dans ce pays-là.
—Ici, titicaca veut dire île de plomb, voilà la différence, et l'innocent qui rit pour si peu n'est qu'un camuset, en langage de Toyoa.