Sous pavillon indépendant, la Santa-Cruz prit ou rançonna plus de cinquante bâtiments de commerce, à l'ouvert des ports d'Arica, d'Arequipa, de Pisco et jusque dans le golfe de Guayaquil.

L'abondance régnait parmi les indigènes dévoués à la cause d'Isabelle; le vice-roi s'alarmait sérieusement et se proposait de mettre en mer une division destinée à pourchasser la frégate rebelle qui dévastait le littoral; la vieillesse d'Andrès était remplie de nobles espoirs qui furent accrus encore par la naissance d'un arrière-petit-fils.


XXIX

NAISSANCES, MARIAGE ET BAPTÊMES.

A l'instant où, revenant de course, la frégate victorieuse mouillait devant le château de Quiron, l'enfant reçut le jour à bord.

Une salve d'artillerie et un pavois national célébrèrent cet événement heureux.

La frégate fut aussitôt entourée de balses chargées d'indigènes, à qui le vieil Andrès, du haut de la dunette, présenta le nouveau-né, qui, selon les désirs d'Isabelle, reçut les noms de Gabriel-José-Clodion-Tupac-Amaru.

Son bisaïeul y ajouta le titre de Condor-Kanki.

—Voici le nouveau grand chef des Condors! s'écria-t-il. L'enfant des Incas naît avec l'aurore de notre indépendance. Elle grandira comme lui, peuples du Pérou. Avant le midi de sa vie, elle illuminera l'empire de nos aïeux, elle sera le soleil qui dissipera les ténèbres de notre longue servitude en éblouissant nos oppresseurs! Gloire au prince nouveau-né; gloire au fils d'Isabelle et du Lion de la mer! Puisse le Dieu des opprimés lui accorder à jamais sa protection toute-puissante.