[1] Historique.
Prenant le nom et le titre de son aïeul Tupac Amaru, le dernier des Incas, le héros péruvien avait obtenu d'éclatants succès et régnait déjà sur plusieurs provinces. Mais ses partisans du littoral, mis en déroute, se trouvaient réduits à n'avoir d'autre refuge que leurs frêles radeaux.
Les balles des soldats de la péniche perçaient les outres de veau marin, les balses coulaient.
Léon et Taillevent n'hésitèrent point à s'accrocher aux débris de l'une des plus grandes.—Elle flottait encore.—Ils y montent, se trouvent confondus avec les Indiens au désespoir, armés pour la plupart, et qui, faisant de nécessité vertu, s'apprêtent à se défendre contre la péniche.
Une foule de petites balses se groupaient autour du radeau.
La lune se leva. Les Péruviens virent deux inconnus au milieu d'eux:
—Je suis le Lion de la mer! s'écrie Léon en langue espagnole; courage! cette péniche est à nous, suivez-moi!
Les indigènes croient à un secours du Ciel.
Le jeune étranger a les cheveux blonds et le teint d'une blancheur rare parmi les Espagnols; il vient de surgir par miracle du sein des flots. Il donne des ordres, il promet la victoire.
Est-ce un ange, est-ce un lion transformé en guerrier, est-ce l'un des génies protecteurs de la race opprimée? Quoi qu'il soit, c'est un vengeur. Il commande, on obéit.