Des courses continuelles, des missions et des prédications qui ne furent pas toutes sans fruits, des tentatives civilisatrices très diverses, des combats de terre et de mer, des aventures souvent invraisemblables, des succès, des revers, des négociations et des entreprises de tous genres occupèrent Sans-Peur le Corsaire et ses alliés pendant les sept années pacifiques du gouvernement de don Ramon.

Léon de Roqueforte, par son activité dévorante, rétablissait, non sans d'immenses difficultés, l'influence bienfaisante de la France, qu'il représentait sous le nom de Léo l'Atoua.

Malheureusement, la France elle-même était neutre.

En lutte avec l'Europe entière, triomphante sur le continent, grâce au génie du plus grand capitaine des temps modernes, elle avait l'infériorité sur les mers. Et elle ignorait qu'un héros obscur, se dévouant à une œuvre inconnue, combattait sans relâche pour elle dans cette cinquième partie du monde que le roi Louis XVI s'était proposé de soustraire à la domination britannique.

Maîtresse de la mer, l'Angleterre veillait.

—Résister, maintenir, attendre!—telle fut la devise de Sans-Peur le Corsaire.

Il résista, il attendit, et non-seulement il se maintint, mais encore il étendit sa protection sur une foule de points nouveaux.

Les Anglais, établis à la Nouvelle-Hollande, le rencontrèrent comme un obstacle invincible à la Nouvelle-Zélande, où Parawâ Touma et son fils Hihi firent des prodiges, aux îles Fidji, dans tous les archipels du nord et de l'est, depuis les Carolines et les Mulgraves jusqu'aux îles Haouaï, d'où disparut enfin le culte du dieu Rono, vulgairement le capitaine Cook.

Léo l'Atoua, toujours équitable et vraiment libérateur, faisait et défaisait les rois des îles de l'Océanie. Il abattait les petits tyrans taboués et leur donnait parfois pour successeurs de simples matelots français. Les princes du plus haut rang s'honoraient de servir dans ses équipages.—Et c'est ainsi qu'après Parawâ-Touma, il prit à bord son illustre fils Hihi, Rayon-du-soleil, jeune chef qui devait, longues années plus tard, recevoir les surnoms éclatants de Napoulon et de Ponapati (Napoléon et Bonaparte)[19].

[19] Historique.