Après le second choc, Sans-Peur avait conduit à l'abordage sa deuxième division renforcée par les gabiers de Gabriel et tous ceux des Quichuas qui ne montaient point les balses remises à flot.
Toutes les embarcations péruviennes se tenaient, à cette heure, au vent des deux navires et recueillaient les corsaires tombés à la mer.
Le nombre des braves que commandait Sans-Peur diminuait à chaque instant; celui des Anglais augmentait sans cesse.—D'une part, les soldats de marine et les matelots qui avaient vaincu la première division se ruaient contre la deuxième; d'autre part, les deux batteries intérieures, abandonnées par leurs canonniers, vomissaient par tous les panneaux de nouveaux assaillants.
Malgré cela, les Anglais ne parvinrent point à passer sur le corps des corsaires, maîtres du côté de bâbord, et qui les empêchaient de se dégager de l'étreinte de la frégate.
Le commodore Wilson criait:
—En avant, donc!... tuez! tuez!... Et puis, hache en bois!...
Mais Sans-Peur, Taillevent, Parawâ et leurs intrépides compagnons fauchaient les ennemis.
—Tenez bon, mes braves! commandait Gabriel, qui défendait ses grappins avec la même ardeur qu'il avait mise à les accrocher.
La boucherie se prolongeait; l'Illustrious et le Lion, poussés par une fraîche brise, étaient emportés dans la direction de la fameuse roche del Verdujo, dont le capitaine Wilson ne se préoccupait guère, tant il craignait d'être coulé par la maudite frégate.
Un bruit comparable à celui de plusieurs chutes d'eau se fit entendre à travers le formidable tumulte du combat.—C'était la mer qui, des sabords du Lion, se précipitait dans sa cale.