«En toutes saisons, sur la terre d'Espagne,
Il est des heures dont le soleil fait son nid.
Les grâces et la pauvreté se réchauffent à sa chaleur.
En toutes saisons, sur la terre d'Espagne,
On trouve des fleurs d'oranger pour couronner les mariées.
Beaux époux qui donnez aux pauvres,
Vous êtes le soleil et la fleur parfumée.
On chantera longtemps, sur les montagnes de Galice,
Sans Peur, le capitaine des lions de la mer,
Et la royale Isabelle du Pérou, la terre de l'or.»

Corsaires, soldats, paysans, paysannes, se tenant par la main, dansaient et chantaient.

On ne se faisait pas, non plus, faute de boire.

Le brig avait fourni le vin de France, les caves du château et l'hôtellerie des Rois mages fournissaient le vin d'Espagne.

Les Galiciens criaient: «Vive le généreux capitaine Sans-Peur!... Vive le Lion!... Vive Isabelle... Que Dieu leur donne longues années!»

Les corsaires faisaient entendre des hourras joyeux.

De haute lutte, leur capitaine venait de conclure en peu d'instants un mariage rêvé, ambitionné, ardemment voulu depuis longtemps; en un clin d'œil, à la baguette, il avait réalisé ses vœux. Au dire des matelots, Sans-Peur enlevait ce soir à l'abordage le contrat, la bénédiction nuptiale et la belle des belles, comme le matin la corvette anglaise the Hope (l'Espérance), un nom d'heureux augure.

La dépêche remise au frère d'Isabelle était ainsi conçue:

«La guerre est déclarée à la République française. Une frégate de Sa Majesté Catholique appareille pour couper la route au redoutable corsaire mouillé sous votre château. Employez tous les moyens pour retarder son départ. Usez de ruse; attirez le capitaine chez vous; donnez-lui des fêtes. Il nous importe de délivrer les nombreux prisonniers anglais qu'il retient à son bord. Dès demain il vous arrivera des troupes et six pièces d'artillerie qui coopéreront avec les canots de notre frégate la Guerrera pour le surprendre au mouillage.

«Dieu vous garde longues années!»