Maître Taillevent, avec une admirable équité, défit l'un des nœuds, comme pour récompenser Camuset de ses louables intentions. Le novice respira, et avec moins d'inquiétude:
—Le tonnerre de chien, dit-il, c'est que, pour mieux entendre, j'étais quasiment au milieu des Anglais, et que le genou de Pottle portait sur le pan de ma vareuse. Si je bouge, il le sent; il se retourne; on m'étrangle net, et je ne pourrai plus prévenir maître Taillevent.
Un autre nœud fut défait.
Camuset, encouragé par cette approbation tacite, expliqua comment il avait adroitement coupé sa propre vareuse avec son couteau déjà ouvert à tout événement. Mais cette opération fut aussi longue que difficile. Les prisonniers, faisant semblant de ronfler, s'agitaient sourdement; Pottle tapait à intervalles égaux sur une barrique vide. Ce signal, que le master attendait, avait pour objet de l'informer que tous les crampons des fers étaient sciés, et qu'au moment favorable on s'insurgerait en masse.
Bien que le master eût écrit son billet fort avant l'arrivée à bord de don Ramon et sans qu'il fût encore question de la frégate espagnole, le moment favorable était parfaitement désigné par ces mots:
«Quand les corsaires, accablés de fatigue par les excès qu'ils ne manqueront pas de faire dès l'arrivée au mouillage, seront assoupis, profiter de la première occasion qui pourrait coïncider avec leur état d'abattement.
«Désigner d'avance six hommes qui se glisseront un à un dans l'entre-pont pour y éteindre les fanaux, pour s'emparer d'armes qu'ils jetteront à leurs camarades, et pour nous rejoindre vivement, le lieutenant Owen et moi, dans le carré.
«Guetter continuellement les factionnaires, les surprendre, les tuer et les désarmer sans bruit. Puis, faire irruption par les deux panneaux à la fois. S'emparer à l'arrière de la roue du gouvernail et masquer les voiles; à l'avant, se saisir de la mèche à feu et de la pièce à pivot.»
Tout cela était fort bien combiné. La nouvelle du mariage du capitaine, le discours de don Ramon, et la certitude qu'une frégate espagnole était à la recherche du corsaire, exaltèrent les espérances des prisonniers, très nombreux et vaillamment déterminés à prendre leur revanche.
Camuset, muni des instructions de maître Taillevent, fit de son mieux en apprenti corsaire plein de bonne volonté. Libre enfin de ses mouvements, il se rapprocha du factionnaire Farlipon et lui donna un coup de poing dans les mollets.