—Voulez-vous donc que je me déshonore!

—Non, commandant. Je pense même que vous avez un moyen assuré de prendre votre revanche.

—Ah! ah! voyons?...

—Rejoignez notre brig, fournissez-lui les moyens de se réparer; en quelques heures il peut, avec le concours de votre frégate, avoir établi une mâture de fortune, et se trouver en état de vous suivre. Allez ensuite croiser devant Bayonne. Le Lion, je le sais, ne doit que s'y approvisionner et ne tardera pas à en ressortir.

La discussion dura jusqu'à ce que les chaloupes et canots de la Guerrera eurent recueilli tous les Anglais à la nage ou en barriques, sans même excepter le misérable Pottle Trichenpot, qui était alors à plus d'un mille au vent.

Le Lion et ses prises virent enfin la frégate reprendre au plus près bâbord amures la route du cap Ortégal, où elle devait retrouver à l'ancre, mais en perdition, le brig anglais qui, de minute en minute, tirait le canon de détresse.

—La coque est parée!... s'écriaient les corsaires. Vive Sans-Peur! La frégate n'a pas eu goût à la brûlée! et nous voici gouvernant sur Bayonne avec trois belles prises.

Isabelle, jusqu'alors fort alarmée, respira enfin; elle ne se permit pas de faire des questions; mais prévenant ses désirs, Léon lui dit affectueusement:

—Au moment même où je menaçais les ennemis d'en venir aux plus horribles extrémités, je ne désespérais pas de l'avenir, chère Isabelle; mais il entre, dans ma manière de commander et d'agir, de ne jamais instruire mes gens de mes ressources de sauvetage. Je leur présente la mort sous des couleurs héroïques; je me réserve de songer à leur salut. Cette fois il m'importait plus que jamais de paraître déterminé à périr afin d'imposer à Roboam Owen.

—Vous aviez donc quelque espoir de retraite?