— Les Tekkés étaient-ils nombreux ?
— Dix, tous jeunes, sauf le chef ; tous robustes et armés de sabres ; six avaient d’excellents chevaux.
— Qu’ont-ils fait du corps de votre camarade ?
— Ils l’ont laissé sur le sol, complétement nu, emportant même la chemise ensanglantée. Qu’Allah les maudisse !
— Le pain qu’ils t’ont donné était bon, dit du nez Radjab-Ali, avec son accent persan caractéristique.
— A la vérité, il était très-bon.
— Comment sais-tu cela, Radjab-Ali ?
— J’en ai mangé autrefois. »
Car Radjab-Ali est une sorte de condottiere qui a servi en Afghanistan, avant d’entrer au service russe. Pour des raisons qu’il ne dit pas, — Rachmed prétend qu’il a tué un Afghan dont il porte les armes, — il ne se soucie point de revoir l’Afghanistan ; quant à son pays natal, l’Iran, il doit en avoir gardé un peu agréable souvenir, car il n’en a cure. Radjab-Ali, comme il nous l’a déjà dit, a servi autrefois un de nos compatriotes. Ment-il parce qu’il croit faire plaisir à ses maîtres ? Dit-il vrai ?
Quoi qu’il en soit, notre serviteur prétend s’être trouvé dans le corps d’armée que les Turcomans firent prisonnier en l’année 1861. D’après ce qu’il affirme, il faisait partie de l’escorte d’un Français, c’est à M. de Blocqueville qu’il fait allusion, qui fut pris avec le reste des troupes. C’est alors que lui, Radjab-Ali, aurait mangé l’excellent pain qu’il n’a point oublié. Nous lui demandons quelques détails.