« Les Turkomans t’ont-ils maltraité ?

— Nullement. Ils m’ont renvoyé quelques jours après avec d’autres, demander de l’argent au Chah.

— Et le Farangui ?

— Dès qu’ils s’en furent rendus maîtres, ils l’ont invité à s’asseoir et lui ont fait servir du thé. Le Chah a payé pour votre compatriote une rançon d’un million de tengas.

— Merv est-il une grande ville ?

— Non, il y a des saklis où les marchands placent les marchandises le jour du bazar, et des tentes à l’infini.

— Quel est le meilleur chemin conduisant à Merv ?

— Celui qui part des ruines de Ketmenchi, bien que les puits soient rares en suivant cette direction, mais il y a moins de sable. »

Quant au « baba », il connaît bien les Turkomans. Il habite depuis cinq ans la forteresse de Kabakli, dont le commandement est confié à son maître, un beg courageux. Or Kabakli est en même temps une prison destinée aux grands coupables, et un poste créé à l’instigation des Russes, dans le but de protéger les caravanes, d’assurer la tranquillité du fleuve et de repousser les attaques des Turkomans. Trois cents « garaouls[36] » seraient chargés de cette besogne. Ils sont composés de soldats qui se sont mutinés, ont volé ou commis quelque autre méfait. L’Émir les expédie à la frontière, où ils trouvent l’occasion d’épuiser la turbulence de leur caractère à combattre les pillards. Dernièrement, il serait arrivé un convoi d’une cinquantaine de ces condamnés militaires. Ils forment les compagnies de discipline du Bokhara.

[36] Gardiens.