[38] Entraînement du cheval.
[39] Brigands.
« Puis ils se dirigent vers le Darya, le surveillent, et si l’occasion est belle, ils s’emparent d’une des grandes barques chargées qui vont à Ourguentch, la pillent, puis rentrent chez eux. Si la barque est sans fret, ils menacent les bateliers, qui sont contraints de les prendre à bord et de les déposer sur l’autre rive. Quand ils ne trouvent même pas une nacelle, ils traversent à l’endroit où les berges sont proches et le fleuve parsemé d’îles.
« Chacun vide l’outre suspendue à sa selle, la gonfle d’air, place dans son grand bonnet les objets craignant l’humidité, attache ses armes sur les épaules, et tenant d’une main un coin de l’outre, de l’autre main tirant le cheval par la bride, ils se jettent à l’eau et abordent sur le territoire bokhare. C’est alors que la chasse commence. Gare aux caravaniers qui ne montent pas de bons chevaux, qui sommeillent en marche et n’interrogent pas anxieusement l’horizon ! »
Le chef de la barque confirme les dires du baba, ajoutant qu’il a déjà perdu un chargement de blé par la faute des Tekkés, et que plusieurs fois il a dû transporter d’une rive à l’autre eux et le butin.
Et le pilote Iskandar, qui mange à côté de nous, le nez dans son écuelle, tandis qu’on le relaye, et qui ne paraît pas avoir le courage de son homonyme le Macédonien, dit, la bouche pleine : « Tekké ! Tekké ! » avec un air d’épouvante et sur un ton larmoyant. On voit qu’ils lui inspirent un effroi véritable.
Entre temps, nous arrivons vers neuf heures du soir près de Kabakli ; nous mouillons dans une petite crique enfoncée dans la rive gauche, à cette place couverte de peupliers que la lune argente très-poétiquement.
Le baba monte à cheval : « Je vais prévenir mon maître, dit-il, attendez mon retour. » Il fouette sa rosse étique et disparaît au galop dans le taillis.
Il ne tarde pas à revenir avec dix guerriers armés de fusils. A la lueur du feu allumé par les bateliers, ils ont la mine la plus patibulaire. Ces honnêtes gens monteront la garde près de la barque durant la nuit, car on a signalé la présence d’un alaman dans les environs. Nous-mêmes dormirons dans la forteresse où le Beg attend les Faranguis.
Dans une clairière est posée la masse carrée de l’édifice ; on n’y arrive que par un couloir formé de deux petits murs parallèles, longs d’une centaine de mètres, partant de chaque côté de la porte et ayant entre eux l’espace nécessaire au passage d’une arba.