« Je n’ai rien aperçu ; c’est sans doute un jouet de Faranguis. »
Comme nous avons le moyen de faire paraître très-gros les moindres objets, il prend un Coran, l’ouvre, et l’éloignant, le rapprochant, il nous donne à entendre qu’il lui est impossible de lire, étant presbyte. Puis il applique ses lunettes et ajoute :
« Je ne lis pas plus qu’avant. N’en avez-vous pas d’autres qui valent mieux ? je les accepterais avec plaisir. »
Il nous est impossible de satisfaire à cette demande, et lui conseillons d’en faire rapporter de Russie par un marchand. Il n’y manquera pas.
Nous quittons le Khan et parcourons la ville en compagnie de M. P…, à qui tous les recoins sont familiers. Dans les caravansérails, il y a peu de marchandises ; comme objets manufacturés, nous apercevons des tépés de Bokhara, des calottes brodées semblables à celles de nos enfants de chœur, plus pointues, que les musulmans mettent sur le crâne rasé et qui est la coiffe du turban ; des ballots de cotonnade russe, et principalement des sacs de tabac. D’après notre guide, il en est importé du Chahri-Sebz et de Samarcande, par Bokhara, la charge de deux mille chameaux, desquels cinq cents pour la seule ville de Khiva. Un chameau camionneur porte en moyenne vingt pouds, c’est-à-dire trois cent vingt kilogrammes. Cela fait cent soixante mille kilogrammes.
Les marchandises russes sont affranchies de tout impôt. 5,000 chameaux viennent de Bokhara ; par chaque bête chargée de tabac il est prélevé 6 tillahs ou environ 36 francs, et pour les autres seulement 2 tillahs et demi. Le produit des douanes donnerait environ 20,000 tillahs ou environ 120,000 francs.
Les marchandises exportées payent également un impôt ; le coton dirigé sur Orenbourg rapporte 20,000 tillahs pour 50,000 charges de chameaux à 4 tillahs par charge ; 2,000 chameaux de marchandises variées, où il faut compter la soie, les poissons, produisent 18,000 tillahs, à 9 tillahs par charge.
Chaque chameau vendu au bazar paye 1 franc 20 centimes, chaque cheval ou vache 60 centimes, un mouton 30 centimes, un âne 15 centimes ; le même prix une voiture chargée de fruits, de bois, etc. Une boutique paye une patente d’environ 6 ou 12 francs par an (2 tillahs). Tels sont quelques-uns des renseignements que nous devons à l’obligeance de M. P… A la sortie du bazar, un misérable ayant la chaîne au cou était attaché à un solide poteau ; nous en voyons un autre au détour d’une rue. Les passants leur jettent quelques morceaux de pain.
En nous rendant chez le divan-begi, afin de le prier à nouveau de nous faciliter la location de chameaux aux environs de Zmoukchir d’où nous partirons, l’interprète de M. P… nous fait entrer sous un vaste porche. Des hommes assis près d’une porte se lèvent à notre vue. Ils gardent un prisonnier.
« Regardez de quelle manière il est attaché », me dit l’interprète.