Une chaîne est fixée dans la chambre des gardes à un poteau, elle passe par un trou creusé dans le seuil de la porte, puis de la même manière sous la porte contiguë, et cela se termine par une boucle serrant le cou de l’homme.
Il est affaissé, à plat ventre, à peine vêtu, ayant l’œil cave, fixe, aux joues les taches rouges d’un malade. Il se dresse sur les genoux en nous voyant, se plaint hardiment qu’on le maltraite, ce qui lui vaut un coup de pied des gardiens ; il dit n’avoir pas mangé depuis deux jours.
« Qu’ils me nourrissent ou sinon me pendent. On m’a arrêté au bazar où je venais vendre un cheval ; on prétend que je l’avais volé. Par Allah, c’est faux ! Je l’ai acheté. Pouvais-je savoir qu’il n’appartenait point à qui me l’offrait ? »
M. P… manifeste au divan-begi son étonnement de ce que les prisonniers ne soient point nourris.
Le divan-begi n’est pas moins étonné.
« Pourquoi veux-tu qu’on donne à manger aux voleurs ? »
Le divan-begi nous promet une deuxième fois que sous deux jours un de ses employés nous mènera jusqu’au bord du désert et nous procurera les chameaux demandés. Il nous tarde de partir ; c’est le 16 novembre ; ici, les nuits sont fraîches, et dans l’Oust-Ourt elles doivent être froides.
En sortant de l’audience, l’interprète nous annonce qu’il a appris l’arrivée des principaux chefs des Tekkés de Merv. Ils viendraient prêter hommage au Khan et lui demander protection contre les Russes. Ils ne pouvaient plus mal s’adresser.
Dans la même journée, M. P… reçoit la visite d’un Turc Osmanli arrivé à Khiva depuis quelques jours.
C’est un homme solide, maigre, à grande barbe, avec un très-grand nez entre deux yeux noirs pleins de ruse. Il porte turban, et sauf un veston d’origine russe, a le costume d’un Asiatique. Il salue très-poliment, s’assied ; on lui offre le thé ; il roule une cigarette et nous conte son odyssée :