Toute la troupe en s’arrêtant fait la même remarque :
« Pas de neige. »
On s’installe, puis on se disperse dans tous les sens en quête de neige ou d’eau. Pas une goutte, pas un flocon, rien. Le vent a tout balayé. On se couche sans boire, après avoir mangé la viande salée, et l’on a soif. L’excessive violence de la bise empêche d’entretenir le feu. On prend le minimum de repos et l’on part à onze heures et demie. Toujours le vent d’ouest-ouest-nord. On ne s’arrêtera que lorsqu’on trouvera de l’eau. L’obscurité est profonde ; les chiens hurlent de froid ; impossible de rester en selle, le sang se figerait dans les veines. On tire la jambe. L’aube, puis le jour, montent derrière nous : on n’a pas encore trouvé d’eau. Voici des coquillages sur le sable ; nous en avons déjà vu à Sangi-Baba. Nous foulons le lit d’un lac desséché, d’une ancienne mer.
On laisse les chameaux cheminer en se balançant, et l’on se chauffe à un feu de broussailles rapidement allumé. Les chiens accourent prendre leur part de chaleur.
Rachmed, qui est un enragé fumeur, prend le tchilim dans sa besace, puis, songeant que faute d’eau il ne peut s’en servir, le replace avec un geste de dépit. Il réfléchit un doigt sur les dents, tire sa barbe, puis frappe son front. Euréka ! Il a trouvé le moyen de tourner la difficulté.
Il regarde le sol, le tâte du pied.
« Que cherches-tu, Rachmed ? »
Il rit.
« Regarde », dit-il.
Il s’agenouille, et dans l’argile durcie par la gelée, il creuse avec son couteau un petit trou, puis un second quatre doigts plus loin. Il crache sur la paroi des trous, la maçonne, et prenant mille précautions, d’abord avec la pointe de la lame, ensuite une branche aiguisée, il perce un canal souterrain unissant les deux puits. Il met la main sur un des orifices, applique sa bouche à l’autre, et souffle afin d’être sûr que le tuyau de sa pipe n’est pas obstrué. Car il vient de se fabriquer une pipe.