Sa figure est radieuse. Il prend son tabac, le pose sur le « fourneau », et la face contre le sol, il met « la bouche à la pipe », aspire avec force, et redresse sa longue personne, les joues pleines de fumée qu’il expulse lentement les mains sur les genoux.
Jamais tabac ne lui a semblé plus parfumé.
Il me regarde en disant :
« Un bon tchilim, n’est-ce pas ? »
Je le crois bien.
Mais les chameaux sont arrêtés à trois cents mètres de nous, et déjà déchargés. Est-ce que Ata Rachmed aurait trouvé de l’eau ? Nous avons marché presque dix heures sans une halte : nous avons bien gagné un verre de thé.
La plaine est uniformément plate, où pourrait-il bien y avoir un puits ?
Cependant les chameliers s’empressent d’amener des herbes sèches, des broussailles. Ils nous montrent avec contentement un trou large comme la surface d’un guéridon, contenant à peu près vingt litres d’eau boueuse, jaune, mais tombée de là-haut et nullement salée. Les chameaux, les chevaux, les chiens, la regardent fixement, le cou tendu ; on les éloigne à coups de fouet. Le tour des hommes d’abord, puis celui des animaux, tel est l’ordre naturel, d’après M. de Buffon.
C’est du thé à la terre que nous buvons, mais un excellent thé, et chacun en absorbe autant qu’il peut. Ensuite les chiens sont invités à se désaltérer, puis les chevaux, puis les chameaux. Aucun ne boit son soûl, mais tous apaisent l’ardeur de la soif. Ata Rachmed sait l’emplacement d’une citerne, où nous pourrons arriver avant le soleil couché en marchant bien. Marchons donc.
On traverse un takyr, voici des coquillages au sommet d’une éminence, puis les sables avec les nombreuses traces de gazelles, de lièvres, de perdrix ; malheureusement on ne voit que les traces.