Vers midi, le soleil donne, on a presque chaud, des rats se réveillent, sortent de leurs trous, courent aux provisions. Nos chiens affamés les poursuivent, mais n’en peuvent saisir un seul, ils sont fatigués, et ne sont plus rapides comme autrefois. Ils hurlent de dépit, grattant avec fureur à la porte de la cave où les petites bêtes ont disparu. Vingt fois les chiens recommencent la poursuite, mais inutilement, la proie qu’ils convoitent leur échappe toujours. C’est une chasse aux illusions.
Trois ou quatre alouettes huppées courent sur le sable, et chantent ; elles sont toujours gaies, ces alouettes, qui nous rappellent nos pays. Elles émigrent vers le sud, se reposant aux endroits où elles peuvent becqueter encore quelques graines, puis prennent leur essor. Vraisemblablement la route que nous suivons croise un chemin de migration d’oiseaux : des canards, des oies, passent au-dessus de nos têtes, hors de portée. Ils vont au fil du vent. A terre, les carapaces de tortues sont nombreuses ; le froid les a tuées.
Le seul oiseau nouveau que nous apercevons a la taille d’un petit merle, les ailes à raies noires, le fond du plumage bleu ; il disparaît rapidement en sautillant.
Rachmed me recommande de ne jamais le tuer :
« Il comprend la langue des hommes, dit-il sérieusement.
— En es-tu bien sûr ?
— Tout le monde sait cela, et qu’il parle.
— Pourquoi parle-t-il ?
— Allah seul le sait.
— A qui parle-t-il ?