Tandis que les chameaux s’agenouillent près du puits, des soldats en pelisse accourent, ils nous prennent pour des marchands, demandent quelles denrées nous transportons et si nous ne voulons rien leur vendre. Ils sont bien étonnés d’apprendre que nous sommes Français, et vont en prévenir leur chef.
Nous pénétrons dans le camp, afin de remettre les lettres de recommandation qu’on nous a données à l’adresse du général Gloukovskoï.
Un officier s’avance à notre rencontre ; nous déclinons notre nationalité, et la conversation est engagée en français. Le capitaine s’offre immédiatement de nous conduire à la tente du général.
Celui-ci nous accueille fort gracieusement, nous invite à rester à Tcherechli le temps qu’il nous plaira, sous la yourte qu’on va dresser à notre intention. Si nous avons un désir qu’il soit en son pouvoir de satisfaire, nous pouvons le manifester, tout sera fait pour nous être agréable.
Nous exposons que quelques livres de viande fraîche nous seraient utiles, que nos chevaux sont éreintés, et qu’ils ont un pressant besoin de fourrage. Le soir, nous dînerons avec le général. L’ingénieur général, M. Golmstrem, dont nous avions fait connaissance à Tachkent, nous traite paternellement, distrayant à notre intention ce qu’il peut de ses provisions, donnant l’ordre d’allumer un bon feu dans notre yourte. Tous les ingénieurs s’en mêlant, grâce surtout à l’empressement du chef du convoi, nous allons vivre une demi-journée dans l’abondance, et avec tout le confort désirable en plein désert.
Le capitaine, chef du convoi, dont nous n’oublierons jamais la bonté, nous fait un cadeau dont la valeur peut être appréciée seulement par ceux qui ont mené la vie nomade. Il nous envoie trois ou quatre litres de l’excellente eau de l’Amou apportée jusqu’ici dans une barrique.
« Il la ménage comme du champagne, nous dit son ordonnance, car l’eau du puits est saumâtre et fort désagréable à boire. »
On n’oublie pas de semblables attentions, et il est juste de dire à ce propos que les Russes ont toujours été à notre égard d’une affabilité touchante.
Bref, nous allons passer cette journée à Tcherechli, malgré notre désir d’arriver à la Caspienne.
Utilisons ce répit, et disons quelques mots de l’intéressante question de l’Oxus, soulevée par un ukase de Pierre le Grand, en 1716, et qui a été seulement vidée en 1883.