C’est au son de l’accordéon que les Russes avancent en Asie d’un pas souple, moins vite que les Arabes sur leurs chevaux, moins vite que les aventuriers espagnols, mais plus sûrement et sans reculer jamais.
Nous remontons l’ancien lit du Sari-Kamouich vers le nord durant quelques verstes, puis nous grimpons une berge et reprenons la direction ouest-ouest-nord, et enfin ouest, tantôt dans la steppe, tantôt dans les monticules de sable.
Le ciel est clair, à onze heures le soleil luit, il est très-pâle. La sécheresse de l’air est si grande que le thermomètre, marquant 27° de chaud, descend rapidement à zéro à l’ombre ; un côté gèle, l’autre rôtit. Aussi en marchant doit-on dégager un bras de la pelisse et couvrir soigneusement l’autre ; à mesure qu’on s’éloigne, la région prend le monotone aspect de la faim au bord du Syr-Darya ; puis l’horizon est borné, le terrain étant bossillé, et c’est encore plus triste ; fréquemment des efflorescences salines blanchissent le sol.
Au moment où nous préparons notre bivouac, à Touni-Koul, près d’un lac desséché où croît un peu de saxaoul, je vois soudain le guide courir, prendre son fusil ; il m’avertit d’en faire autant. Rachmed, qui l’a questionné, m’explique rapidement qu’un grand animal avec de grandes cornes, — il élève les bras de chaque côté de la tête, — est au gîte.
« Quel animal ?
— Un maral », répond-il.
Le maral est un cerf de grande taille qui vit dans le Tian-Chan.
Que vient-il faire en plein désert ?
« Le vois-tu ?
— Ha, ha », fait-il avec aplomb.