Ajoutons qu’il existe une langue plutôt qu’une race tadjique, et cet idiome ne domine guère que dans la vallée du Zérafchane.

En face de Varsiminor nous faisons une bonne récolte de plantes et d’insectes. Nous demandons aux curieux qui nous environnent le nom des différentes herbes ; ils sont d’accord au sujet des variétés trouvées au pied de la montagne, ils discutent à propos de celles récoltées plus haut et ne savent absolument rien touchant les spécimens qui poussent dans le voisinage des sommets neigeux.

Nous prenons des échantillons d’orge, de millet, des diverses céréales, et l’aksakal dit à Capus en lui remettant quelques poignées de blé : « Il va aller voir son frère dans le pays des Faranguis. »

L’aksakal a raison, mais lequel est le frère aîné ?

Le brave homme répond de bonne grâce à nos questions. Il nous apprend qu’une vache coûte de 30 à 50 francs, — la race est de petite taille, — qu’un mouton vaut de 15 à 30 francs, une chèvre de 6 à 8 francs, qu’on ne fait point le commerce des poules, mais qu’on les vendrait 30 à 60 centimes pièce.

Pour 120 francs on construit une belle maison, car les poutres d’artcha (genévrier) servant à édifier la charpente ne coûtent pas cher. Un madrier de quatre mètres de long et de trente à quarante centimètres de côté est payé soixante centimes. La raison de ce bon marché est que les genévriers poussent au hasard sur les hauteurs, qu’ils appartiennent à qui les abat le premier, et ne valent en réalité que le prix du transport et de l’équarrissage. Il en est de même des autres matériaux de construction, on les a sous la main ; pour les murs, on ramasse les pierres des éboulis, et les branches des arbres voisins qu’on émonde forment les traverses du toit, consolidé avec des pierres, afin de résister aux rafales furieuses des vents.

On réserve aux bâtiments d’utilité publique, tels que les temples et les ponts, le mûrier, qui coûte plus cher. Cet arbre fournit les longues poutres flexibles supportant le tablier des ponts et les élégantes colonnettes de la galerie des mosquées, que les maîtres ouvriers ornementent de palmettes naïvement sculptées. Comme il importe à tout le monde que les passerelles soient solides, personne ne recule devant les frais qui sont répartis entre les intéressés. Quelquefois un indigène riche et généreux prend les dépenses à sa charge et soulage d’autant ses concitoyens qui, avec le temps, lui mettent par reconnaissance une auréole de sainteté. Et les générations suivantes disent : « Cette mosquée fut bâtie par Abdoullah, un saint. » La gloire de cette bonne action rejaillit sur les descendants et leur est un titre de noblesse.

Le bois a une valeur considérable dans la plaine, et l’eau est le plus coûteux des biens. Des surfaces immenses sont incultes faute d’une humidité suffisante.

Ici, au contraire, la fonte des neiges enfle les ruisseaux démesurément, et les pluies contribuent encore aux débordements ; mais la terre cultivable est rare, trop rare au gré des habitants.

On dirait que sous les climats extrêmes la nature se plaît à répandre inégalement ses faveurs, qu’excessive dans le bien comme dans le mal, tantôt elle invite l’homme à la paresse par des largesses inconsidérées, tantôt le décourage par une parcimonie inopportune qui crée des obstacles insurmontables.