Un piéton venant de Pitti nous apprend que le chemin du Fan-Darya est praticable, que les balcons sont en état de supporter des cavaliers, et que les ponts n’ont pas encore été balayés par les eaux.

Le Fan-Darya est le principal affluent du Zérafchane. Le Zérafchane vient de l’est, le Fan-Darya du midi. Notre intention est de gagner la rivière du Yagnaou, qui s’appelle Fan-Darya après avoir reçu de l’ouest l’Iskander-Darya.

Nous faisons nos adieux au Zérafchane ; ses eaux sont noires près de Varsiminor, où il reçoit le Fan, qui a lavé en passant des couches de houille.

Notre guide a soin de descendre de cheval avant de traverser le pont, et, afin de nous éviter un accident, il place de larges galets dans les interstices. Le long du Fan on chemine sur des balcons. La vallée est excessivement étroite ; des deux côtés ce sont des parois de rochers à pic sans le moindre sentier naturel. Afin d’éviter un long détour par les hauteurs, les indigènes ont dû créer un chemin. Ils ont foré la pierre, enfoncé des poutrelles, et les recouvrant de branchages, de pierres, de terre, ils ont établi un plancher large de deux à trois pieds qui surplombe la rivière, qu’on aperçoit rouler ses eaux vertes avec grand fracas, dans un lit bossué de rochers.

En maintes places, les balcons ont besoin d’être réparés, « la moitié du chemin est tombée », comme dit l’homme qui marche en tête ; chacun met alors pied à terre, tire le cheval par la bride, avance avec précaution.

Parfois le chemin n’existe pas à l’endroit où la montagne s’effrite, et l’on hésite la première fois que se présente cette solution de continuité de la route. C’est devant soi un ruisseau de menues pierres qui coule un instant, chaque fois qu’un caillou tombant d’en haut donne le branle à ces miettes de la montagne. Le pied n’y laisse point de trace, et une fois passé, on entend derrière et au-dessous de soi comme un bruit lointain d’éboulement. On constate bientôt que cela n’est pas dangereux ; un cavalier peut passer sans crainte pourvu qu’il aille vite, les pieds du cheval enfoncent et trouvent un point d’appui.

Parfois le passage suffit tout juste à la monture, et l’homme doit descendre ; parfois le chemin a été taillé dans une saillie du roc, et il faut se courber.

Soudain l’on s’arrête, on entend devant soi les hommes exciter les ânes qui peuvent à peine se glisser, malgré l’exiguïté de leur taille, car ils portent deux coffres en balan. Ils posent pourtant leurs petits pieds bien l’un devant l’autre, tout près du bord, comme s’ils marchaient en équilibre sur une corde tendue. La moitié de leur charge frôle le rocher, l’autre moitié est dans le vide. Le chaïtan avance lentement ; deux montagnards le soulèvent presque, l’un tirant la tête, l’autre la queue. La bête se prête à cette manœuvre qui l’empêche de rouler dans l’abîme. Notre troupe va maintenant plus vite, le sentier a presque un mètre de large.

DÉTAIL DES RUINES D’UNE VOUTE (CHAH-SINDEH).