« Halte ! dit Klitch.
— Qu’y a-t-il ?
— Il faut décharger les ânes ; prenez garde.
— Attendons. »
Les ânes sont soulagés de leurs fardeaux qui passent sur les épaules de nos porteurs, et ceux-ci cheminent avec mille peines, tantôt courbés, tantôt agenouillés. Il faut soutenir les chevaux de la même manière que les ânes tout à l’heure. Puis on quitte le balcon pour un sentier où l’on voit sortir des crevasses les touffes vertes de vignes sauvages.
Sur la rive gauche la route vaut mieux. Voilà une montagne de houille d’assez mauvaise qualité en apparence ; encore un pont et un village dans une gorge avec sa petite mosquée bien en vue, reconnaissable à une galerie ouverte du côté de l’est. Chez nous, au contraire, les porches de nos églises regardent le couchant. C’est que l’Orient est le centre religieux vers lequel tout converge. Le sanctuaire de nos églises est adossé à la crèche, la niche des mosquées où l’on dépose el kitab (le livre) est comme appuyée à la kaaba. Bethléhem et la Mecque, sans compter Jérusalem, sont en effet bien près l’une de l’autre.
Pitti est le nom du village où nous ferons halte. Quelques masures inhabitées pour la plupart, puis la mosquée, voilà Pitti. La galerie que nous apercevons de la rive opposée nous sert d’abri. Je collais des bandes de papier sur les jointures des boîtes à insectes afin de les protéger des termites, Capus rangeait les plantes dans son herbier, quand le « gros turban » de Pitti vint nous rendre visite, — en France on dit gros bonnet, — ici l’expression n’est pas figurée.
Le personnage qui est sorti de la maison d’en face et nous salue gravement est un grand homme maigre à barbe grisonnante qui fut autrefois dans les grandeurs.
« Un ancien kazi », dit Klitch, et immédiatement il lui donne l’accolade ainsi qu’on fait à une vieille connaissance.
« Tu connais le kazi ?