— Nous défendre ! les agents du touradjane ont des sabres, ils montent des chevaux, et puis ils ne nous laisseraient plus venir dans le Bokhara. Tu nous engages à nous plaindre, à qui s’adresser ? au touradjane — mais on ne nous laisserait point pénétrer jusqu’à lui, et il ne nous écouterait point. Quant à l’hakim[16], il est trop loin de nous, et pour l’aller trouver on dépenserait bien de l’argent. Que Dieu nous protége ! »

[16] Gouverneur.

Nous consolons le pauvre diable, lui promettant de transmettre nous-mêmes sa plainte au gouverneur de Samarcande, et il nous remercie en portant plusieurs fois les mains à sa longue barbe.

A chaque instant des cris perçants retentissent, je tends l’oreille, je regarde. Rien. Klitch remarque mes gestes.

« Sougour, dit-il.

— Sougour. Qu’appelles-tu sougour ?

— Une bête qui est plus grosse qu’un renard, et qui a sa maison dans la terre. Il n’y en a pas que dans ce pays ; dans l’Alaï, on en trouve beaucoup. J’aime beaucoup les sougours.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils tiennent chaud. » Et Klitch rit d’un air entendu.

« Par Allah, les sougours m’ont rendu service. J’étais pendant la saison froide dans l’Alaï, où j’accompagnais des officiers russes ; le bois manquait, et toute la nuit on grelottait, pas moi, du moins, mais les soldats de l’escorte ; car, aussitôt le campement installé, je cherchais les maisons de sougours, et les ayant trouvées, je plaçais la main devant la porte, et constatais facilement si les bêtes dormaient sous terre. Il sortait de la chaleur. Et au lieu de coucher à côté des autres djiguites, j’allais près du terrier, je me pelotonnais, et couvrant de mon corps l’entrée du four, j’étendais sur moi ma pelisse et mon tchakman ; jamais je n’ai eu froid la nuit. Tiens, en voici un. »