D’après le mollah qui savoure lentement une tasse de thé, en suçant un morceau de sucre, il n’y a pas un seul malade à Déikalan en ce moment.

Le Yagnaou se porte bien. Cela provient sans doute du peu de soins que reçoivent les enfants en bas âge : les faibles sont éliminés immédiatement, et il ne reste que des sujets bien constitués qui s’adaptent au milieu. D’autre part, ils se déplacent rarement, n’importent point chez eux de maladies qui les débiliteraient ; et en vertu de la loi de l’offre et de la demande, on ne trouve pas plus de médecins dans cette région que de chapeliers.

« Mollah, comment soignez-vous vos malades ?

— On ne les soigne point. Dieu donne le mal, Dieu le reprend. Le malade se couche quand il ne peut plus marcher, il se lève quand il guérit, et s’il ne guérit point, il meurt ; on le met en terre, et l’on récite la prière. »

Voilà qui est simple.

Ici, la science de la médecine consiste à se vêtir le plus chaudement possible, à manger le plus copieusement possible, à rebouter à peu près les membres luxés, à guérir les blessures en les enduisant de graisse, et les fractures en attendant qu’elles soient résolues d’elles-mêmes.

« L’hiver vous amène-t-il des maladies ?

— Si Dieu le veut. Mais nous aimons le froid, le chaud des vallées nous fait beaucoup souffrir. Moi-même ai vécu quelques jours à Samarcande, et je ressentais un malaise.

— Vous n’avez jamais la fièvre ?

— Jamais ici ; ceux qu’elle a fait grelotter avaient séjourné dans la plaine.