— N’y a-t-il pas beaucoup de sougours dans le pays ?

— Beaucoup, en effet.

— Quand les chassez-vous ?

— Pas en cette saison, où l’on ne peut les tuer qu’avec le fusil, ce qui est très-difficile parce qu’il faut tirer le sougour juste à l’instant où il sort de son terrier. Et, à moins de le tuer net, il trouve toujours la force de descendre mourir sous terre. D’un autre côté, le sougour ne s’éloigne de son refuge qu’après avoir bien écouté, bien examiné les environs ; alors il donne le signal, et sa famille le suit. Une fois dehors, il y en a toujours quelques-uns qui sont aux aguets ; à la moindre apparence de danger, ils lancent un cri, et tous disparaissent. En ce moment de l’année, ils n’ont pas besoin d’aller chercher leur nourriture à une grande distance de leur demeure, ils trouvent de l’herbe à peu près partout… »

Un des interlocuteurs qui écoutait la conversation s’est dérangé, et il apporte deux peaux de sougours. Le poil est long, rude, d’un roux fauve ; les pattes et la tête ont été coupées suivant la coutume.

« Mollah, comment les a-t-on tués ?

— A coups de bâton, vers la fin de l’hiver. C’est alors que le sougour s’éveille. Ses provisions étant épuisées, il est obligé de quêter au loin sa subsistance et d’approcher de nos habitations. Les empreintes de ses pattes sur la neige révèlent ses promenades quotidiennes ; nous le guettons, lui coupons la retraite, l’entourons en poussant des cris ; la bête surprise ne sait dans quelle direction fuir, et elle ne tarde pas à succomber sous les coups. Les ahous[18], poussés par la faim, viennent aussi rôder près des villages ; ceux qui possèdent des lévriers leur donnent la chasse et réussissent quelquefois à les prendre. »

[18] Chèvre sauvage.

Le vent souffle d’en face, du sud-est ; il nous glace, et nous tendons des pièces de feutre de façon à fermer la galerie. Le thermomètre descend et oscille entre 5 et 7 degrés. Température du 26 juin.

Le village suivant, le dernier de la vallée de Yagnaou, a nom Novobod.