Nous demandons au mollah à combien de tach ou de sang[19] Novobod se trouve de Déikalan.

[19] Tach, sang, veut dire pierre. Combien de pierres marquant la distance, c’est-à-dire combien de lieues de pays.

Il nous répond que « c’est tout près : comme de Déikalan à Déibalan ».

Nous insistons pour qu’il nous donne un chiffre quelconque de verstes ou de sang. Il ignore également la valeur de l’une et de l’autre de ces mesures itinéraires.

Pourtant cet homme sait lire. Au reste, ceux de ses compatriotes à qui nous avons demandé des renseignements nous ont toujours répondu au moyen de comparaisons.

« De tel endroit à tel endroit, on marche du lever au coucher du soleil. » Ou bien : « En partant à l’instant où je te parle, tu arriveras quand le soleil aura tourné jusque-là. » Et, levant le doigt, notre interlocuteur indiquait un point du ciel. Concernant les poids et les mesures pour les liquides ou les corps solides, l’ignorance est la même.

Pour les liquides, cela s’explique, ils n’en font point commerce, ils boivent de l’eau ou du lait ; quant à l’huile, ils n’en fabriquent point, à notre connaissance. S’ils échangent par hasard des grains, soit de l’orge ou du blé, ils prennent une écuelle quelconque, et à défaut se servent de leurs mains. Et l’un dit à l’autre : « Verse-moi tant d’écuelles ou tant de poignées d’orge, je te verserai tant de poignées de blé, ou je mesurerai de la toile tant de fois la longueur de mon avant-bras », c’est-à-dire tant de coudées ; ils s’arrangent à l’amiable, et point n’est besoin de vérificateurs de poids et mesures.

Sur le chemin de Novobod, des cavaliers viennent à notre rencontre. La vallée est large, et ils vont d’un bon pas. Ces grosses faces rondes sont bien sur de larges torses d’Ousbegs. C’est le cortége d’une jeune épouse. Elle est voilée, vêtue de son chalat de canaous[20] aux couleurs voyantes, et monte une belle jument. Elle est immédiatement suivie par deux matrones au visage découvert et ridé, hissées sur les sandouks[21] contenant le trousseau. L’époux ferme la marche avec ses parents, tous en grande tenue.

[20] Étoffe de soie mêlée de coton.

[21] Coffres en cuir.